Nos Ancêtres les Gaulois : le Retour ! - Troisième et dernière partie

Publié le par Robin Maillard

Et voilà, bonjour à tous ! Je profite du temps des fêtes pour publier ici la dernière partie sur les Gaulois, dernière partie publiée dans le Battle's Beer Mag n°7 le 21 mars 2013.

 

Bonne lecture à toutes et à tous !

 

R.M.

 

Nos ancêtres les Gaulois

 

Beeriennes ! Beeriens ! Voici la tant attendue dernière partie sur les Gaulois. Et oui, c’est déjà le dernier point qui fermera notre dossier sur nos ancêtres celtiques. Après les avoir rapidement présentés, après avoir parlé de leurs Dieux, je vais maintenant essayer de vous expliquer, succinctement (je m’en excuse), comment sont-ils passé de l’indépendance à la domination romaine. Mais, peut-on vraiment parler de domination romaine ?

 

Troisième partie : des Gaulois aux Gallo-romains.

 

Habituellement, on place le début de la romanisation de la Gaule en -52 avec la défaite gauloise à Alésia, comme si d’un coup, après cette date, la Gaule était romanisée. Mais comme bien souvent en Histoire, les choses ne se font pas de façon abrupte.

On peut considérer que la romanisation commence même avant la Guerre des Gaules, ce qui nous incite à faire un petit résumé concernant l’état de la Gaule avant la venue de César.

 

  1. La Gaule avant César.

 

Nos Gaulois étaient divisées en quatre grandes « régions » dirons nous : la Gaule Belgique qui se situe au Nord de la Seine jusqu’au Rhin, la Gaule Aquitaine qui correspond à l’Aquitaine actuelle et à l’Ouest du Midi-Pyrénées (en gros), la Gaule romaine (la Gaule Transalpine qui deviendra par la suite la Narbonnaise) le long de la Méditerranée jusqu’à l’actuelle Savoie, et au milieu de tout ça, la Gaule Chevelue parce que ses habitants, à l’inverse des Gaulois du Sud déjà romanisés, avaient les cheveux longs (les métalleux de l’époque quoi !)

Avant la conquête, les Gaulois s’étaient établis en plusieurs Nations : Eduens, Séquanes, Helvètes, Parisii, Rèmes, Carnutes, Pétrocoriens, Allobroges, Bituriges (se prenaient-ils de nombreuses bitures ?), Vénètes et j’en passe. Ils avaient créé un tissu urbain constitué d’oppida (citadelles fortifiées qui servaient de centre politique et de commerce) dont beaucoup sont maintenant d’importantes villes (Langres, Besançon, Metz, Nantes, Toulouse, Amiens ou Bordeaux pour ne citer que celles-ci).

D’un point de vue purement sociétal, la population était très hiérarchisée : les Druides étaient la « classe » la plus puissante, suivie par les nobles et ensuite par le reste du peuple (je précise que je schématise au possible, la civilisation celtique était bien plus complexe dans sa hiérarchisation, mais je n’ai pas la place de l’écrire ici). Juste pour la précision : la « caste » des Druides réunissaient les prêtres, les vates (médecins et devins) et les bardes (qui chantaient bien mieux qu’Assurancetourix et étaient donc mieux respectés que lui).

Cette hiérarchisation en trois ordres ressemble à la société médiévale. Mais cette vision de la société est en réalité bien plus ancienne que les époques celtique et médiévale, puisqu’elle était celle des Indo-européens dont je vous ai parlé la dernière fois.

Toutefois, il ne faut pas croire que ces ordres étaient figés comme l’étaient ceux de l’Ancien Régime. D’après Christian-J. Guyonvarc’h et Françoise Le Roux, un fils de druide pouvait être guerrier et inversement. Et ces deux spécialistes émettent également l’hypothèse qu’un artisan talentueux pouvait être hautement respecté par les autres membres de la société, quelque fût leur « caste ».

Ces peuples gaulois ne sont pas enfermés dans leurs territoires et leurs traditions séculaire. Les premiers contacts avec Rome sont anciens et, surtout, belliqueux. En effet, les Gaulois, farouches guerriers, firent de nombreux raids en Italie, notamment en -390 quand Rome fut prise par Brennus et ses troupes (Rome ne sera plus jamais prise avant l’an 410 de notre ère qui vit le sac de la Ville Eternelle par les Wisigoths d’Alaric). Rappelons aussi que des populations celtiques s’étaient installées dans la plaine du Pô (le Nord de l’Italie) à partir du IVème siècle avant le barbu et avaient contribué à faire quelque peu le lien entre les peuples italiens et ceux établis en Gaule.

Les relations entre Gaulois et ces populations italiennes puis romaines existent depuis les débuts du commerce, tant maritime que terrestre. Et, s’il y avait bien quelque chose dont les Gaulois étaient friands, c’était le vin qu’ils achetaient au début aux Grecs et aux Etrusques, puis aux Romains quand ceux-ci devinrent les maîtres de l’Italie et de la Grèce.

Si je vous parle du vin, ce n’est pas uniquement par intérêt alcoolo-gustatif (quoique…), mais aussi parce que ce commerce était d’une telle importance que les druides condamnaient au début sa consommation (le vin étant plus alcoolisé que la cervoise). Et puis, pour établir un commerce, il faut se comprendre entre vendeur et client. De ce fait, il y eut des échanges linguistiques et culturels entre Gaulois et populations méditerranéennes (par exemple, l’alphabet grec fut utilisé par les Gaulois, puis l’alphabet latin avec l’émergence de Rome).

C’est d’ailleurs suite à ces contacts que les Gaulois vont petit à petit se mettre à construire en utilisant la pierre, notamment pour les fortifications et les sanctuaires/temples (par exemple l’oppidum d’Entremont en Provence) et commencer ainsi un processus d’urbanisation inspiré par les exemples grecs et romains.

Comme expliqué plus haut, quand César envahit la Gaule, le Sud de cette dernière était déjà province romaine. Celle-ci tomba sous le joug de Rome en -118, suite à une guerre entre les Romains et les peuples Salyens en Provence actuelle. La création de cette province romaine permit aux Romains de joindre leurs possessions en Espagne à l’Italie et déboucha sur la fondation de diverses colonies comme Aix-en-Provence (Aquae-Sextiae) et Narbonne (Narbo-Martius).

De ce fait, avec une province romaine au Sud de leur territoire, l’influence romaine ne pouvait que s’intensifier sur les Gaulois.

Mais l’influence n’allait pas que dans un sens. Par exemple, le glaive romain est issu du glaive gaulois, comme les couvre-joues des casques gaulois repris par les casques des légionnaires. Les Romains s’inspirèrent donc des Gaulois, maîtres dans l’art de la forge.

Et puis, les relations entre la Gaule et Rome n’étaient pas uniquement belliqueuses. Outre le commerce, des liens politiques les unissaient. Empêtrés dans leurs guerres entre Nations, les Gaulois se mirent plusieurs fois à appeler Rome, parfois en tant qu’arbitre, parfois comme protectrice.

Par exemple, en -115, Rome intervint pour aider les Taurisques (qui vivaient entre la Suisse et l’Autriche actuelles), population celtique qui guerroyait contre les Cimbres et les Teutons, Germains poussés par la famine à l’exil et qui, trouvant le Sud de l’Europe à leur goût, s’étaient dit que ça pouvait être fort sympathique d’y aller (et puis si on pouvait faire de bonnes razzias et autres massacres en tout genre sur la route, ce serait bien marrant).

Et c’est à peu près la même relation entre Rome et une population celtique qui poussa César à intervenir en Gaule.

 

  1. La Guerre des Gaules

 

N’ayez pas peur, je ne vais pas vous narrer en détail la Guerre des Gaules (pour ceux que ça intéresse, vous pouvez très facilement vous procurer la traduction française de l’ouvrage de César, qui se lit très facilement d’ailleurs). Mais un simple résumé me semble ici essentiel.

Comme expliqué plus tôt, certains peuples gaulois s’étaient alliés aux Romains (notamment les Eduens de l’actuelle Bourgogne) et la Gaule de cette époque connaissait une paix fragile entre les différentes Nations.

En -58 les Helvètes, habitants de la Suisse actuelle, décident de quitter leur pays pour s’installer en Gironde, où le peuple des Santons (non, ce ne sont pas les petites statuettes du Sud de la France) avait accepté de les accueillir. Pourquoi une telle migration ? On ne sait pas vraiment. La famine ou la surpopulation peut-être. Cette migration inquiète César, car les Helvètes avaient prévu de traverser une partie de la Gaule romaine, alors sous responsabilité du Général, qui craignit que les populations celtiques de cette province n’en profitent pour se soulever. De plus, cela risquait de rompre l’équilibre précaire qui s’était établi entre les Nations gauloises. Et puis, les Helvètes avaient, par le passé, défait une légion romaine.

Leur refusant l’accès à la Gironde par la province de la Narbonnaise, César pousse involontairement les Helvètes à traverser le territoire des Séquanes (Franche-Comté actuelle) avec qui ils nouaient d’excellentes relations, et par la suite celui des Eduens. Or, les Eduens, alliés de Rome, sont effrayés par la migration helvète et appellent César à l’aide. Le général fait donc pénétrer ses troupes dans les terres gauloises indépendantes. La Guerre des Gaules commence.

Les Romains battent les Helvètes assez facilement et les obligent à rentrer chez eux (afin d’éviter que des Germains s’y installent, devenant ainsi voisins du territoire romain).

Suite à sa victoire face aux Helvètes, tous les peuples de la Gaule le félicitent et demandent son consentement pour une assemblée générale de toutes la Gaule. César accepte, car il devient implicitement arbitre des querelles gauloises et aussi parce que des Germains commençaient à s’installer en Gaule.

Ces derniers, menés par un certain Arioviste, avaient même décidé d’attaquer Vesontio (Besançon), la capitale des Séquanes qui étaient devenus alliés de Rome. César s’en va donc affronter les Germains dans le Sud de l’Alsace actuelle et les vainc. Cette victoire fait de lui le protecteur de la Gaule… et d’une certaine manière, apporte la domination romaine, chose dont s’aperçoivent les Gaulois quand les troupes romaines hivernent sur leur territoire.

La menace germanique étouffée, les querelles entre Gaulois reprennent, accompagnées cette fois par un fort ressenti vis-à-vis de l’occupation romaine. Les peuples de la Gaule Belgique forment une ligue à laquelle se joignent d’autres peuples de la Gaule Chevelue. Nous sommes en -57. Une armée se lève pour bouter les troupes romaines hors de Gaule.

César monte donc en Belgique et fritte les troupes belgo-chevelues. En même temps, il envoie des troupes soumettre l’Ouest de la Gaule (de l’actuelle Normandie à l’Aquitaine).

Une fois tous ces peuples pacifiés, il en profite pour faire quelques expéditions en Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) et en terres teutonnes pour leur signifier que c’était Rome, à présent, qui commandait en Gaule.

Alors que César pense que tout est terminé (il installe des légions un peu partout et rentre en Italie), en -54, Ambiorix, roi des Eburons en Gaule Belgique, attaque des troupes romaines qu’il massacre (environs 8000 hommes tués), ce qui déclenche une révolte quasi-générale des Gaulois du Nord et de l’Ouest contre Rome.

Cette révolte dure deux ans pendant lesquelles se déroulent de nombreuses batailles. A la fin de l’année -53, le conflit est tel qu’il pousse les Romains à massacrer les Eburons (avec l’aide de peuples gaulois qui leurs restaient fidèles comme les Rèmes), même si leur chef, Ambiorix, s’échappe. Ce massacre, ainsi que l’exécution de chefs celtes révoltés provoquera un véritable choc chez les Gaulois et engendrera, quelques mois plus tard en -52, une nouvelle révolte, touchant cette fois toute la Gaule et menée par le jeune Vercingétorix.

Si on retient le rôle de Vercingétorix, c’est parce que ce dernier réussit à unifier la quasi-totalité des peuples gaulois sous sa bannière et, surtout, parce qu’il est à l’origine d’une des plus grandes défaites militaires de César : la bataille de Gergovie, bataille pendant laquelle le chef gaulois parvient à retourner les Eduens contre César, alors jusqu’ici alliés indéfectibles de Rome.

Après Gergovie, Vercingétorix pratique un temps la politique de la terre brûlée afin d’affamer les romains incapables ainsi de se fournir en vivres, puis décide d’anéantir leurs forces en envoyant sa cavalerie très nombreuse. Mais César, qui s’était payé les services de cavaliers germains entre temps, envoie ces derniers contre les gaulois qu’ils défont. Vercingétorix n’a d’autre choix que de se replier vers l’oppidum d’Alésia.

Ainsi, si l’année -52 voit une éclatante victoire des Gaulois, elle voit aussi leur plus cinglante défaite autour de cet oppidum, mettant fin à l’aventure de Vercingétorix, obligé de se rendre. Tous les guerriers gaulois survivant à Alésia seront vendus comme esclave (Vercingétorix sera emmené à Rome pour participer de façon humiliante au triomphe de César avant d’être exécuté en prison quelques années plus tard).

Le gros de l’armée gauloise est défait. Mais la guerre n’est pas terminée.

En -51, des révoltes renaissent ici et là : les Bellovaques en Picardie actuelle, les Bituriges et les Pictons dans l’Ouest et les Cadurques dans le Sud-Ouest. C’est d’ailleurs avec le siège et la prise de la capitale de ces derniers, Uxellodunum (Puy-d’Issolud dans le Lot), que prend fin la Guerre des Gaules.

Toute la Gaule passe sous domination romaine. Pourtant, cette guerre a montré que les peuples gaulois, malgré leurs incessantes querelles, avaient pu s’unir face à l’envahisseur. Et vu avec quelle fougue et quelle ténacité ils s’étaient opposés à lui pendant ces 8 années de guerre, on pourrait croire que la vie sous la domination de la Ville Eternelle serait assez tumultueuse.

 

  1. La Gaule romaine.

 

Et bien non. Ce ne fut pas aussi tumultueux que l’on aurait pu le présager.

Alors qu’ils avaient mis tant de hargne à se battre contre les Romains, les Gaulois vont finalement s’adapter relativement vite à la vie romaine. Et génération après génération, ils vont se considérer comme étant des Romains à part entière. Comment et pourquoi un tel revirement de la part de nos ancêtres moustachus ? C’est ce que je vais vous expliquer.

Une fois la Gaule assujettie, Rome entend la pacifier.

La Gaule est divisée en quatre provinces en plus de la Narbonnaise : l’Aquitaine, la Lugdunaise (de Lyon jusqu’aux rivages occidentaux de la Manche), la Belgique (de la Suisse aux rives orientales de la Manche) et la Germanie (le long du Rhin) – ces provinces seront par la suite remaniées. Chaque province est confiée à des Romains qui l’administrent selon les codes et les lois de Rome.

Un réseau routier (les fameuses voies romaines) se développe et relie les villes principales, qu’elles existent avant la guerre (Besançon, Langres, Bordeaux, etc.) ou quelles soient d’origines romaines (comme Autun). D’ailleurs, plus de quatre-vingt colonies seront fondées (environ une dans le territoire de chaque peuple gaulois soumis), l’une des plus connues étant Lyon (Lugdunum). Des ouvrages d’art, ponts, aqueducs et autres, apparaissent dans le paysage gaulois (le Pont du Gard en est un excellent exemple) et rappellent l’appartenance de la Gaule à Rome.

La Gaule était déjà en voie d’urbanisation avant l’invasion romaine. Et une fois celle-ci achevée, l’urbanisation s’intensifie et l’architecture se romanise : habitations entièrement en pierre, théâtres, amphithéâtres, thermes… Même dans les campagnes apparaissent çà et là des villas romaines, grandes fermes construites suivant l’exemple italien.

Et n’oublions pas les forts, les fortins, les camps romains qui s’établissent principalement le long des frontières, notamment sur le Rhin (Strasbourg, nommée Argentorate, devient un camp militaire) et qui rappelaient la toute puissance militaire de Rome.

Mais le bâti, aussi impressionnant fût-il, ne saurait être le seul facteur permettant de passer de Gaulois hostiles à Rome aux Gallo-romains fidèles à la Ville Eternelle.

Le latin s’insinue dans les langues et commencent par apparaître dans les temples. Les Dieux gaulois sont romanisés. On commence à les désigner par leurs noms romains, les noms gaulois devenant épiclèses. De ce fait, cela émet l’idée d’une domination ethnique des Romains sur les Gaulois.

Mais que nenni, chers amis ! C’était l’Etat romain qui dominait les Gaulois, comme il dominait tous les peuples de son Empire et les Romains eux-mêmes. Rome, à l’inverse des Grecs, ne connaissait et donc ne reconnaissait pas le principe de discrimination ethnique. Et puis, de quelles ethnies pourrions-nous parler ? Si au début de la domination romaine on fait facilement la différence entre Gaulois et colons romains, il devient très difficile d'en faire de même à la fin de l’Empire Romain d’Occident. Les populations latines se mêlent aux celtiques, sans compter que les Gaulois se romanisent. Cela commence par les élites (nobles) qui vont être fascinés, petit à petit, par le fonctionnement politique romain. D’ailleurs, les Gaulois furent parmi les premiers peuples non-italiens à accéder aux postes politiques des institutions romaines.

Pour preuve, l’Empereur Claude (né en -10 av. Jean-Christophe et mort en 54 ap. le même), qui vécut pendant sa jeunesse à Lyon, autorisa les membres les plus importants de l’élite gauloise à siéger au Sénat à Rome, le poste de Sénateur étant considéré à cette époque comme la plus prestigieuse charge politique après celui d’Empereur – ce qui ne pouvait que pousser ces Gaulois importants à se considérer comme romains.

Et concernant les élites moindres, elles se mirent à parler latin. D’après Guyonvarc’h et Le Roux, dans La civilisation celtique, p.110, « […] les Gallo-Romains ont adopté […] le latin parce que c’était la langue qui procurait, quand on savait l’employer, des honneurs et des places. […] C’était aussi la langue administrative et commerciale de tout l’Empire à une époque où le rôle économique de la Gaule était loin d’être négligeable. » Et vu l’importance que prenaient le commerce et l’administration dans la vie quotidienne de la Gaule romaine, il n’y eut rien d’étonnant à ce que ces élites se romanisent assez rapidement

Selon Clémentine Barbau dans Etre ou paraître romain ? paru dans le n°63 d’Histoire antique et médiévale en septembre 2012, à Mediolanum Santonum (l’actuelle ville de Saintes en Charente-Maritime), un notable qui répondait au nom de Caius Julius Rufius fit ériger un arc de triomphe en l’honneur de l’Empereur Tibère, du fils et du neveu de ce dernier, respectivement Drusus et Germanicus. Sur cet arc de triomphe, Caius Julius Rufius indique également son ascendance. Il était fils de Caius Julius Otuaneunos, petit-fils de Caius Julius Gedomo et arrière petit-fils d’Epotsoviridos. En quatre générations, on passe d’un nom unique gaulois : Epotsoviridos, à trois noms romains : Caius Julius Rufius. La romanisation d’une famille pouvait se faire rapidement. Remarquez au passage que le grand-père de Rufius, Caius Julius Gedomo, est le premier à utiliser trois noms (tradition romaine). Pour Clémentine Barbau, cela signifie que Gedomo (nom gaulois) reçut la citoyenneté romaine de la part de Caius Julius Caesar, Jules César lui-même, car il dut certainement servir aux côtés du général romain pendant la Guerre des Gaules ; ce qui prouve que la romanisation commença avant la fin de la guerre.

Mais, vous me direz : « Rob, tu nous parles des élites, d’accord ; mais les gens normaux, ceux qui n’avaient rien ou peu, qu’en est-il ? »

Et bien, on ne sait que peu de chose. Mais il est peu probable que les petites gens connaissaient le latin comme leurs élites. Guyonvarc’h et Le Roux estiment que la latinisation de tous les Gaulois débute avec la Guerre des Gaules et finit à l’époque carolingienne ; et que le christianisme, plus que la domination romaine, remplaça définitivement la langue des druides par celle de Virgile dans les chaumières. Toutefois, cela n’empêcha nullement ces petites gens d’apprécier et d’adhérer à la Pax Romana.

Oh certes, la domination romaine ne fut pas toujours idyllique.

Il y eut des troubles, des révoltes. Par exemple celle de 21 après Jean-Christian due à des mesures financières contraignantes qui vit se soulever les peuples Gaulois du centre, de l’Atlantique au Jura, et qui fut réprimée dans le sang.

Il y eut aussi des édits contre les druides qui ne cessaient de remettre en cause l’autorité romaine, car cette autorité supplantait la leur, les jetant du haut de leur antique première place de la société celtique à celle des gens du commun. Toutefois, ne voyez pas dans cet exemple une volonté de juguler la religion celte de la part des Romains, tout cela n’était que politique, comme le martyr des chrétiens, par exemple, qui lui découlait du fait que les premiers adorateurs du crucifié remettait en cause les fondements même de la société et des institutions romaines (d’ailleurs, quand les chrétiens deviendront plus importants, les autorités pousseront les druides à s’opposer à ces derniers et les soutiendront). Les Romains ont toujours été d’une grande tolérance d’un point de vue religieux. D’ailleurs concernant les Romains, nombreux furent ceux qui adoptèrent la gauloise Epona comme Déesse. Et ils laissaient les Gaulois adorer les Dieux comme ils le souhaitaient (même si les noms romains étaient choisis pour honorer un Dieu Gaulois).

Il y eut également l’éphémère Empire Gaulois du IIIème siècle. Ne voyez pas non plus ici une origine nationaliste dans cette création d’Empire. A cette époque, l’Empire Romain connaissait une grave crise interne qui le conduisit à une anarchie militaire avec plusieurs généraux se sacrant eux-mêmes Empereur en même temps, divisant le territoire romain en « empires » rivaux. L’Empire Gaulois ne remettait pas en cause son appartenance à Rome. Au contraire, les Empereurs de ce dernier se considéraient comme les authentiques souverains de Rome.

Très peu de ces heurts, de ces révoltes et tensions remettaient finalement en question la domination de Rome, et quand c’était le cas, cela se passa aux premières décennies de l’annexion de la Gaule. Il faut donc oublier l’image d’Epinal selon laquelle les vaincus resteraient des siècles et des siècles soumis aux vainqueurs.

Alors, pourquoi une telle fidélité de la part des Gaulois envers la Ville Eternelle ?

Parce que Rome proposait un projet de société qui leur plut, à eux ainsi qu’à la plupart des peuples sous domination romaine. Rome apportait l’éducation, les routes, l’hygiène, des droits, un commerce couvrant un territoire plus de 5 000 000 de km² à l’apogée de l’Empire, etc. Si cet Empire connut une telle longévité (de -750 à 476 pour sa partie occidentale et jusqu'en 1453 pour sa partie orientale), ce n’était pas uniquement grâce à ses légions. Ce fut grâce à sa culture, à sa société et à l’attrait qu’exerçaient ces dernières sur les peuples soumis et même, sur ceux indépendants. Si les Germains sont venus bousculer puis mettre à bas l’Empire Romain d’Occident, c’est aussi parce qu’ils voulaient vivre cette vie romaine (même si, il est vrai, ils étaient poussés par d’autres voisins belliqueux qui les chassaient de leurs terres).

C’est pourquoi les peuples qui vécurent sous l’autorité de Rome, quand celle-ci vacilla, continuait de s’appeler Romains, de se revendiquer Romains même après sa chute. D’ailleurs, l’Empire Romain d’Orient qui disparut en 1453, et que nous appelons Empire Byzantin, continuait de s’intituler Empire Romain (en Grec moderne, à l’heure actuelle, le terme de Βασιλεία ’Pωμαίων/Basileía Rhōmaíōn utilisé pour désigné l’Empire Byzantin signifie textuellement Empire Romain).

Voilà pourquoi les Gaulois devinrent Romains, pourquoi ils abandonnèrent la langue et les us celtes pour le monde latin.

Et cette façon d’attirer des populations différentes vers une seule et même culture sera pratiquée bien plus tard, avec la France des Lumières puis Révolutionnaire et Napoléonienne, avec maintenant les Etats-Unis et leur puissante artillerie culturelle tant au plan cinématographique, musical, artistique que linguistique, sans oublier le commerce et l’informatique où nombres d’anglicismes – ou plutôt d’américanismes – sont légion. A présent, beaucoup d’Européens parlent Anglais couramment. Mais avant cela, ce fut leurs élites qui se mirent à la langue de Shakespeare, diffusant ainsi la culture anglo-saxonne puis américaine reprise ensuite par les gens du commun.

C’est ce qu’il se passa avec nos ancêtres Gaulois qui devinrent nos ancêtres Gallo-romains.

 

Rob.

Publié dans Histoire

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